HL-2026-001_2

Hélène Labadie
Folks
17.10 — 06.12.2026

FR : Le dernier rideau de bar s'abaisse et celui de la nuit se lève. La vraie nuit, entre minuit et cinq heures, celle de ceux qui continuent quand la ville dort. Les lampadaires et les phares de voitures éclairent par endroits la chaussée. Au loin, quelques fenêtres encore allumées donnent l’impression d’avancer sur scène.

Pony est redevenue la ruelle un peu pourrie qu’elle devait être autrefois. Des fragments d’architecture rythment la marche. Comme les indices d’un décor, les volets laissent imaginer les intérieurs et voyeurs dissimulés, des Jimmy Stewart qui guettent par leur Fenêtre sur cour.

Le motif de la ville est une excuse au mouvement. Comme depuis la vitre d’un taxi, on voit défiler toutes sortes de gens : des salarymen étendus au sol, des types en trench qui s’en crament une, des sans-abris, des marginaux... autant de personnages étranges, loufoques et flamboyants. Si ces sculptures pouvaient causer, elles auraient la gouaille et du franc-parler.

Hélène Labadie s’inspire de ses déambulations à travers la ville, la littérature et le cinéma américain pour composer une chorégraphie de personnages grotesques dont les postures semblent résumer une vie entière. Le froid sec d’octobre fait remonter les cols et courber les épaules tandis que le poids du monde façonne les corps.

Son travail sculptural capture quelque chose de la silhouette et de l’allure qui ne cherche pas le réalisme sculptural mais qui vient capter l’essence d’un corps comme le fait Giacometti ou Rodin avec ses Bourgeois de Calais. L’efficacité du geste saisit dans la terre aussi bien des moments de tension que d’abandon qui rappellent les Men in the Cities de Robert Longo.

On entend presque le bruit des volets qui claquent, les voitures qui klaxonnent, les ivrognes qui chantent, tout le chaos fertile¹ de la rue. Mais le bruit monte encore d’un cran quand l’artiste place, d’un geste brancusien, ses sculptures sur des lots de CD de sa collection personnelle.

La figure d’Arturo Bandini hante l’exposition. Un personnage détestable et magnifique dont les errances à travers Los Angeles nous ramènent à la figure du wanderer². La célébration de la déprime et la poésie de l’absurde sont caractéristiques de ce tragicomique où les losers sont glorifiés.

Dans Folks, la figure archétypale des hommes à cravate synthétise l’eau dans le gaz du rêve américain. Ces hommes en costume, que la nuit et l’alcool défont, continuent coûte que coûte à jouer leur rôle.


¹ L’expression « chaos fertile », employée par le critique de cinéma Robert Benayoun à propos de Robert Altman, désigne un désordre apparent d’où émerge une forme de cohérence. Voir Matthieu Garrigou-Lagrange, « Robert Altman, le chaos fertile », France Culture, 18 mai 2013.

² Le terme « wanderer » évoque la figure du voyageur solitaire, avançant dans le monde sans destination précise. Dans le contexte de l’exposition, il suggère également une forme d’errance urbaine plus désenchantée, incarnée par des personnages à la dérive dans la ville.

EN: The last bar shutter comes down, and the curtain of night rises. The real night, between midnight and five in the morning, the hours of those who keep going while the city sleeps. Streetlights and car headlights illuminate patches of pavement. In the distance, a few lit windows create the impression of moving across a stage.

Pony has reverted to the slightly seedy alley it must once have been. Fragments of architecture punctuate the walk. Like clues to a stage set, the shutters hint at hidden interiors and unseen voyeurs, at Jimmy Stewarts peering out through their Rear Windows.

The city is a pretext for movement. As if looking out from the window of a taxi, we watch all kinds of people drift by: salarymen sprawled on the ground, guys in trench coats stopping for a smoke, the homeless, outsiders... a cast of strange, offbeat, flamboyant characters. If these sculptures could talk, they’d have sharp tongues and a quick wit.

Drawing on her wanderings through the city, literature, and American cinema, Hélène Labadie choreographs a cast of grotesque characters whose postures seem to encapsulate an entire life. The crisp October cold turns collars up and hunches shoulders, as the weight of the world takes its toll on their bodies.

Her sculptural practice captures something of a silhouette, a presence. Rather than pursuing sculptural realism, she seeks to distill the essence of the body, as Giacometti does, or Rodin in The Burghers of Calais. With an economy of gesture, she captures in clay moments of both tension and abandon, evoking Robert Longo’s Men in the Cities.

One can almost hear the shutters slamming, the cars honking, the drunks singing: all the fertile chaos¹ of the street. But the noise rises another notch when, in a Brancusian gesture, the artist places her sculptures atop stacks of CDs from her personal collection.

The figure of Arturo Bandini haunts the exhibition. Despicable and magnificent in equal measure, his wanderings through Los Angeles evoke the figure of the wanderer². The celebration of despair and the poetry of the absurd are hallmarks of this tragicomic world, where losers are glorified. 

In Folks, the archetypal figure of the man in a tie encapsulates the unraveling of the American Dream. These suited men, undone by the night and alcohol, keep playing their part at all costs.


¹ The expression “fertile chaos,” used by film critic Robert Benayoun in reference to Robert Altman, describes an apparent disorder from which a sense of coherence emerges. See Matthieu Garrigou-Lagrange, “Robert Altman, le chaos fertile,” France Culture, May 18, 2013.

² The term “wanderer” evokes the figure of the solitary traveler, moving through the world without a fixed destination. In the context of the exhibition, it also suggests a more disenchanted form of urban wandering, embodied by characters adrift in the city.

Hélène Labadie
EN: Hélène Labadie is a French artist; she lives and works in Paris. Trained in Design and Space, she began her career in Amsterdam, where she assisted various designers. This immersion in the freedom and experimentation characteristic of Dutch design gradually led her to move away from objects and devote herself fully to sculpture and installation. 

Hélène Labadie develops a practice situated between sculpture, installation, and material exploration, nourished by a deep fascination with cinema. Graduating from ESAD Reims with highest honors, she explores the Arts of Fire — glass and ceramics — while repurposing everyday objects to reveal their hidden narratives and subtle resonances. Hollywood aesthetics, the artificiality of studios, and the construction of the American myth permeate her work, which oscillates between reality and artifice, familiarity and strangeness.

She has participated in several residencies, including Villa Belleville and Roccabella Sculpture in southern France. She is currently in residence at Poush Manifesto.
In 2024, she co-founded STRIKE with the artist Maxime Testu, a space dedicated to experimental practices.

Her recent exhibitions include Dead End, with Julian Farade (Galerie Derouillon, 2026); What Remains of the Night, with Maxime Testu (Kali Gallery, 2026); Signe Villa, with Maximilien Pellet and Maxime Testu (Villa Belleville, 2026); Dans l’atelier (La Cité Fleurie, 2025); Cherry Bomb (Poush, 2024); MUD (Poush, 2024); Desire Palissade (Strike, 2024); Nouvelle Melancholy (Galerie Myriam Chair, 2022); Decorum, with Melanie Akeret (Café des Glaces, Tonnerre, 2022); Form Follows Information (Biennale du Design, 2022); and Unbuilt (Fondation Pernod Ricard, 2022).

 
 
FR : Hélène Labadie est une artiste française qui vit et travaille à Paris. Formée en Design et Espace, elle débute sa carrière à Amsterdam, où elle assiste plusieurs designers. Cette expérience, marquée par la liberté et l’approche expérimentale du design aux Pays-Bas, l'a conduit progressivement à délaisser l’objet pour se consacrer exclusivement à la sculpture et à l’installation.

Hélène Labadie développe une pratique à la croisée de la sculpture, de l’installation et de l’exploration des matériaux, nourrie par une fascination profonde pour le cinéma. Diplômée de l’ESAD de Reims avec les félicitations du jury, elle explore les arts du feu, notamment le verre et la céramique, tout en détournant des objets du quotidien pour en révéler les récits qu'ils recèlent et leurs résonances subtiles. L’esthétique hollywoodienne, l’artificialité des studios et la construction du mythe américain imprègnent son travail, qui oscille entre réalité et artifice, familiarité et étrangeté.

Elle a participé à plusieurs résidences, notamment à la Villa Belleville et à Roccabella Sculpture, dans le sud de la France. Elle est actuellement en résidence à Poush Manifesto.

En 2024, elle cofonde STRIKE avec l’artiste Maxime Testu, un espace dédié aux pratiques expérimentales.

Ses récentes expositions comprennent Dead End, avec Julian Farade (Galerie Derouillon, 2026) ; What Remains of the Night, avec Maxime Testu (Galerie Kali, 2026) ; Signe Villa, avec Maximilien Pellet et Maxime Testu (Villa Belleville, 2026) ; Dans l’atelier (La Cité Fleurie, 2025) ; Cherry Bomb (Poush, 2024) ; MUD (Poush, 2024) ; Desire Palissade (Strike, 2024) ; Nouvelle Melancholy (Galerie Myriam Chair, 2022) ; Decorum, avec Mélanie Akeret (Café des Glaces, Tonnerre, 2022) ; Form Follows Information (Biennale du Design, 2022) ; et Unbuilt (Fondation Pernod Ricard, 2022).
Photo credits
Header image: Hélène Labadie, Seven Gentlemen, 2026, glazed ceramic, oxides, wood, oil paint, 29 × 61 × 15,5 cm. Photo: Pony

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